ANDRIAMIHAJA, MADAGASCAR, 2006

 

Ce texte est issu d'un éditorial rédigé en juillet 2006 pour le quotidien malgache "L'express" et baptisé "une certaine idée de l'automobile". Il est signé Andriamihaja NASOLO-VALIAVO.

 

 

Après les Austin Mini, les Cox de Volkswagen, les Peugeot 404, voici donc un rassemblement des Renault 16 (le 5 août à 14 heures 30 au parking de Score Digue). Antananarivo n’est certes pas un musée ambulant, comme La Havane, mais le parc automobile local n’est pas non plus des plus récents. Et si des clubs ne rassemblent pas les 2 CV et les 4L, c’est sans doute que ces deux dernières voitures demeurent trop connotées "taxi-ville". Avec mon père et mon grand-père, nous avions fait le "Grand Sud" dans les années soixante-dix. Au volant d’une R16 dont je ne me rappelle plus si elle était "TL" ou "TS". Le modèle "TX", avec ses optiques spécifiques, apparaissant alors comme une petite limousine de luxe. C’était l’époque de la 504, dont la version coupé avait triomphé au Safari Rallye du Kenya. Des 404, des R12, des R16. De la vitesse au volant avant que ne se généralise la vitesse au plancher. Les gamins de cette époque croyaient d’ailleurs dur comme fer que, avec le compteur -120, 140 et un plafond à 160 - la vitesse au plancher symbolisait la puissance. Un peu comme cette R16 affublée de "turbo" par son propriétaire… Bizarrement, je ne me rappelle pas avoir déjà vu des voitures de la (haute) administration de la marque Renault alors que circulaient (et que circulent encore) des Peugeot 203, des 404 et des 504, pas "plaque rouge" mais de cette robe uniformément noire caractéristique d’un certain statut d’apparatchik. "Renault, créateur d’automobiles" avait lancé des modèles qui marquèrent leur temps : la R5 que ne réussit pas à concurrencer la Peugeot 104, la R8 Gordini et ses bandes blanches qui faisaient rallye, la Dauphine dont j’ai récemment croisé un modèle boosté à moteur de Clio. La R16 était plus "sage", à vocation plus familiale. Presque "bourgeoise" et qu’on voyait rarement s’encanailler dans les courses automobiles. Au pays du "rien ne se perd, tout se transforme", l’ingéniosité a fait découvrir aux mécanos que la consommation excessive du Lada Niva peut être tempérée par le changement du carburateur russe par celui d’une Renault 16. L’intérêt d’un club serait la constitution d’une centrale d’achat de pièces détachées. C’est ainsi que de véritables foires rassemblent à l’étranger les amoureux de tels ou tels modèles qui s’entretiennent au long de l’année à travers des magazines spécialisés. Ce sont les modèles "historiques" qu’on élève en icône. Des voitures pas trop exclusives sinon le rassemblement ne réunirait qu’une poignée d’heureux propriétaires de (rares) BMW 850. Des voitures qui, outre la pérennité au-delà des effets de mode, ne sont certainement pas anonymes et qui ont une vraie personnalité : la (vraie) Jeep, le Land Rover, la Mercedes G, la Samuraï, la 911, la Golf et son abondante progéniture, etc. Des modèles et marques qu’on rencontre sur les routes malgaches. Ces clubs de vieux modèles sont une manière de protester contre l’uniformisation des voitures contemporaines, contre les impératifs commerciaux qui ont condamné la Renault Avantime coupable d’originalité. Une certaine idée de l’automobile, cette déesse aussi fascinante qu’encombrante qu’elle roule au pas dans les embouteillages ou qu’elle transforme une ville en vaste parking.

 

Andriamihaja NASOLO-VALIAVO, Antananarivo, Madagascar

L'express, 29/07/2006

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